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Te no Kokyu" - Dessin B.Garnero 2004


Chaque fois que je m’incline sur la stèle du Karatedô "SHOTOKAN" située à une cinquantaine de mètres à peine du "Emadôjô" au Monastère d’Enkakuji, situé à
Kita-Kamakura, mes pensées, portées par la fumée d’encens, observent toujours autant le message inscrit par un des moines-pratiquants de ce lieu …

Cette calligraphie sculptée dans le marbre rappelle bien sûr l’origine de cet art martial et le sens des sons "Kara" …"Te" …"Dô" que je m’attache toujours à expliciter en stages . Bien sûr, des milliers de pratiquants savent depuis un demi-siècle ce que signifient ces termes … Je ne me rajouterai donc pas à la longue liste d’experts qui se sont attachés à vouloir refaire l’Histoire du Karatedô : il suffit d’ailleurs de taper ce terme pour accéder à tous les sites traitant de cette discipline et l’on a ainsi, des versions comme toujours semblables mais bien différentes … suivant la plume !


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Stèle -mémorial du Karate dô-Enkakuji-Kamakura /Photo BG 1986


Le chemin de Maître Kase

Un quart de siècle durant, via la pratique, j’ai tenté d’identifier les origines et la singularité du chemin emprunté, puis tracé pour des milliers de pratiquants dans le Monde, par Taiji Kase O Senseï

Force est de constater que je suis bien loin de pouvoir prétendre accéder un jour au tiers du dixième du quart de cette 4ème dimension du Karatedô qu’il évoquait souvent et que son Enseignement nous poussait à rechercher…

Avant cela, en janvier 1967, je souhaitais apprendre l’Aïkidô car du haut de mes 13 jeunes années, je restais quelque peu marqué par une agression collective d’un groupe d’une quinzaine d’hommes plus âgés, armés de ceinturons, de bouteilles cassées décidés d’en finir avec notre moniteur de colonie de vacances qui, âgé de 18 ans, s’était interposé pour aider une jeune fille en difficultés … Malgré sa pratique assidue de Jûdô, il se retrouva en sang et ce fut un miracle pour nous, non seulement, de le soustraire à ce morbide "jeu de massacre" mais de parvenir à le cacher dans un ruisseau afin d’éviter que ce groupe ne le retrouve et n’en finisse avec lui.


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Kase O Sensei  explique "Bassai Dai"- 1979 - photo Guy Grandin


Décision prise 

L’impatience aidant, je me trouvai promptement en présence d’une discipline alors peu répandue et pour laquelle le dôjô envisagé ne pouvait encore m’accueillir… J’eus alors la chance de commencer la pratique du Karatedô à Paris dans un dôjô qui aida Maître Kase à cette époque et je ne saurais donc poursuivre sans remercier monsieur le Professeur De Peretti qui enseignait les arts martiaux près de la station de Métro "Plaisance".

Plus tard, au Printemps 1971, je participai au premier stage d’entraîneur militaire de Karatedô organisé par le Capitaine Ratte de l’Armée de l’Air, à l’E.I.S Fontainebleau.

Nous étions des "pionniers", issus de diverses unités de la Marine et des armées. Nous pratiquions un Karate d’époque, qui se mariait autant au monde compétitif des sports de combat (avec des instructeurs connus tels que le Professeur Guy Sauvin) qu’à l’Esprit plus combatif, plus rude du "Close-Combat" lié à certaines de nos fonctions.

Cependant, je restais habité par la présence de Me Kase qui s’était entraîné quasi secrètement, les matins de bonne heure, dans ce petit dôjô méconnu  dont l’atmosphère de travail, ce "Kimochi" particulier, aux parfums mêlés de bois, de sueur et de tatamis  livrait à mon insu une quête durable…qui ne cessa de s’affirmer avec le Temps !


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Kase Taiji O Sensei - Pratiques 1979 / Photo Guy Grandin


Maître Kase et la Marine

Maître Kase se rendit à bord du porte-avions "Clémenceau" au début des années 70 et en 1984, honora de sa présence la tenue du Championnat de France de Karate de la Marine Nationale.

Lui-même, jeune officier, s’enrôla dans les unités "Kamikaze" de la Marine japonaise et sut nous conter souvent ce véritable "Esprit Samouraï" qui animait les cœurs de ces camarades partis en mission avant lui …


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Kase O Sensei -1979/ Photo Guy Grandin


Au moment où Monsieur Clint Eastwood nous offre "Lettres d’Iwojima" il souligne ainsi ce phénomène de "Ai-Uchi", destruction mutuelle, solution extrême requise par des êtres ou des nations pour régler violemment par le "corps", ce que l’Ame peut régler par le Cœur…

Ce document cinématographique livre quelques voies de compréhension sur le mécanisme du rapport de force qui conduit à la Guerre entre pays, entre cultures mais qui ne peuvent occulter le "particulier" de la Relation Humaine ,cette dimension qui exprime ,dans chaque camp, les mêmes horreurs mais surtout ,les mêmes noblesses de Cœur…

Par ailleurs " Le Dernier Samouraï ",cette fresque hollywoodienne très bien interprétée ( bien que quelque peu erronée) et  relative à la quête,  à la vie de Takamori Saïgo, légendaire samouraï de Hayatô et chef de la rébellion de Satsuma avait déjà revelé au grand public l'esprit du Bushido.

En novembre dernier, grâce à la Famille de Maître Kuwahata, je suis allé sur les pas de cet homme, visiter sa maison près du Sanctuaire de Kagoshima et la grotte où il se fit "Hara-Kiri".

De même, j’ai tenu à visiter le Mémorial des "Kamikaze" de cette même région car ce terme est désormais usurpé, dans le Monde, par bon nombre d’individus qui tuent sans vergogne, des civils, des enfants pour justifier leur cruauté et leur non-respect de la Vie !

Ce ne sont pas des "Kamikaze" !

Au Japon, cette notion de "Vent divin" anima des guerriers qui sacrifièrent leur vie pour le "Respect du Sol" et ils le firent selon le Code du Bushidô, ce Code d’Honneur cher aux samouraïs comme Saïgo Takamori, c’est-à-dire de "guerrier à guerrier"…

Ainsi, les pilotes "Kamikaze", les torpilles humaines par exemple, n’étaient vouées qu’à détruire l’Armée adverse.

Mais je voudrais préciser quelque chose qui me tient à cœur et que Monsieur Clint Eastwood met parfaitement en évidence dans ce film "Lettres d’Iwojima" : les officiers de haut rang, notamment les Amiraux, furent parmi les premiers à parler la langue anglaise au Japon et ils étaient tournés vers l’Occident, ils aimaient l’Occident et, en fait, ne souhaitaient pas la Guerre !

En Juin 1986, Maître Kitajima Yoshio me présenta à l'Amiral Okimoto Itaru, alors âgé de 103 ans. Il n’avait plus ses yeux mais, en revanche, il avait une poignée de main de jeune homme. Cet Officier Général aimait à me montrer des albums photos d’avant-guerre car il se rendait souvent à bord de vaisseaux occidentaux comme le bâtiment de guerre français "Primauguet"… Les yeux fermés, il me commentait ses souvenirs heureux de cette époque et son émotion traduisait bien l’âme et la noblesse de cœur avec laquelle il servit sous les ordres de l’Amiral Yamamoto !


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Amiral Okimoto Itaru - Kitajima Yoshio O Sensei & l'auteur / Photo Famille Okimoto 1986


Lui, comme tant d’autres furent entraînés dans cette logique de Guerre et ils étaient prêts, en effet, à donner leur vie pour sauver la Terre du Soleil Levant mais, le paradoxe que je viens de relater, démontre bien le gâchis de toute guerre…

Malheureusement, tous les japonais ne pratiquaient pas le "Budô" et, comme dans tous les conflits, il y eu des gens cruels des deux côtés de l’Océan… personnages difficiles à contenir pour le commun des mortels .

La pratique du Budô inclut le respect de la Vie et donc la chance qu’il faut toujours lui donner, en tout premier lieu, avant de recourir à la "force" pour se défendre ou protéger autrui !

L’Etre Humain est également capable de sauver des vies, même celles de ses ennemis !

Lorsqu'il étudie le "Takemusu", cet Esprit du Guerrier de l’Ame qui favorise vigilance et prise de conscience, il en a les moyens physiques et psychiques et l'adversaire, même dangereux, peut être respecté, voire même, épargné, quand on devient capable d’identifier avec l’expérience, ce qu’il y a de bon en Lui !

Heureusement pour des milliers d’élèves, la Mission de Kase O Sensei ne fut pas de mourir sur une torpille humaine mais de servir la cause du Budo avec une grandeur d'âme de véritable samouraï. Ce 9 février 2007, date de son anniversaire, je ne puis que lui dédier ces pensées…

Vous comprendrez peut-être pour quelles raisons je me suis éloigné peu à peu de cet hypnotisme collectif tourné vers la compétition, l’acquisition des titres, des médailles et des "dan", je dirais même, d’un rapport de force vulgaire et d’un manque de respect très éloignés de l’Esprit "Budô" …

Chaque entraînement personnel me rapprochait pleinement de ce qui ne pouvait se limiter ainsi aux sports de combat .


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